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Moringa oleifera 
    -- M. Saqalli, 2002

Sommaire

1.2     un usage important et varié à travers le monde.

La plupart des usages "traditionnels" sont pratiqués en Inde. L'arbre est cependant cité pour plus d'une trentaine de pays comme présent et utilisé en particulier pour ses vertus médicamenteuses et sa forte vitesse de croissance comme arbre de haies (M. Achuthan Nair, C. Sreedharan, 1986). La liste suivante ne se veut aucunement exhaustive :

 Seul le bois est quasi inutilisable, comme bois d'œuvre ou comme bois de feu, car il est trop mou et trop humide. On peut à la rigueur l'utiliser comme pâte à papier.


Tableau 2 les usages de M. oleifera développés dans les villages.

Nom vernaculaire

Zone géographique

Usages

Drumstick tree,

Malunggay (tamul)

Saijan (hindi)

Sajana (oriya)

Inde :

Kerala, Tamil Nadu

Gousses consommables

Feuilles consommables Fourrages

Huile de cuisson

Apiculture, plantes médicinales

Mlonge (swahili)

Tanzanie, Kenya,

Haies, haies vives,

plantes médicinales, Alimentaire de soudure

Guilguandeni, Legi-Lakili (fulfulde)

Bande sahélienne

Fourrages

Malunggay

Philippines

Haies, fourrages,

Plantes médicinales

Néverdier

Afrique de l'ouest

Fourrages

Benzolive, ben-oil tree

Haïti

Huile de cuisson, alimentaire

Horseradish tree

USA : Floride

Racines consommables

Chisale

Cham'mwamba

Kangaluni

 

Malawi

Haies, haies vives

Fourrages, alimentaire de soudure

Benaile (wolof)

Niger, Sénégal

Haies, fourrages,

plantes médicinales

alimentaire

Dambou

Niger

plantes médicinales

alimentaire

Moringa

Nicaragua, Guatemala,

Puerto Rico

plantes médicinales, arbre de haies vives

Shagarat al rauwãq

Soudan

Purification de l'eau, arbre de haies vives

Sources : Ramachandran et al., 1980, M. Achuthan Nair, C. Sreedharan, 1986, S.A.A. Jahn et a., 1990, Morton, 1991, C. Coote et al., 1997, A. de St-Sauveur, 1997

1.2.1   Les intérêts autres qu'alimentaires et sanitaires

a) Un arbre de haies

Cette pratique est généralisée du côté de Morogoro. Cet usage est aussi l'utilisation principale qui en est faite au Kenya et au Malawi (C. Coote et al, 1997). Ces haies restent établies dans la zone résidentielle, autour des nouvelles maisons en servant de clôtures pour des bains et des urinoirs extérieurs dans les concessions. Ces haies ne sont pas considérées comme solides pour protéger les résidences des animaux divagants ou du vent. L'ancrage par les racines ne résiste pas à ce genre de forces. Tout au plus préservent-elles une certaine intimité.

L'arbre est planté selon un espacement de 1 à 1,5 mètres comme support à une clôture de feuilles qui deviendra une haie vive. Des fleurs apparaissent ainsi que des fruits selon nos propres observations. Cette forme de plantation permet une production de gousses.

b) L'apiculture

M. oleifera produit des fleurs 2 fois par an au mieux. Le nectar peut être exploité de cette manière (Nair et Singh, 1974 in C. Coote et al., 1997). Trois ruches "occidentales (i.e. des ruches de type kenyan, mémento de l'agronome, CIRAD, 1991) avaient été achetées par A. Le Roi et placées fin 1999 à trois extrémités de Pajaroya. Les abeilles ne s'y sont pas installées depuis. Nous avons procédé à l'achat de ruches du même type que celles qui sont utilisées localement, via le service de vulgarisation agricole et le service d'environnement du district de Handeni. Ils connaissaient un exploitant agricole reconnu pour ses connaissances et sa pratique de l'apiculture. Nous ne savons pas si les abeilles s'y sont implantées.

1.2.2     L'intérêt nutritif et pharmacologique

Tous les organes de M. oleifera peuvent jouer un très grand rôle de complémentation alimentaire et médicamenteux : L'huile est riche en Vitamine C et en fer, les racines sont riches en antibiotiques à spectre large et contiennent un cardiotonique (spirochine) et des alcaloïdes (moringine), sans application pharmaceutique à l'heure actuelle. La feuille contient 220 mg/100g de vitamine C, des acides aminés et des protéines (6,7%).L'écorce secrète une résine antidiarrhéique, diurétique et fébrifuge. (G. Folkard, J. Sutherland, 1996).

M. L. Price du projet Echo (2000) a travaillé sur l'aspect nutritionnel de la plante :

Tableau 3  apports nutritionnels des organes de M. oleifera.

AJR = Apports Journaliers recommandés

Gousses

Feuilles

Poudre de feuilles

(50 g)

Taux d'humidité (%)

86.9

75

3.25

Calories

26

92

102.5

Protéines (g)

2.5

6.7

13.55

84% AJR chez l'enfant

Lipides (g)

0.1

1.7

1.15

Glucides (g)

3.7

13.4

19.1

Fibres végétales (g)

4.8

0.9

8.6

Ca (mg)

30

440

1

250% AJR chez l'enfant

Mg (g)

24

24

184

122% AJR chez l'enfant

Fe

 

 

94% AJR chez l'enfant

71% AJR chez la mère

 

Vit. A (mg)

 

0.11

 

6.8

8.15

143% AJR chez l'enfant

271% AJR chez la mère

Vit. B (mg)

423

423

-

 

Vit. C (mg)

 

 

 

220

8.65

9% AJR chez l'enfant

22% AJR chez la mère

Source : projet ECHO, M.L. Price, 2000

Optima of Africa souhaite développer l'aspect pharmacologique de M. oleifera. Elle a signé un agrément avec le Dr Trotsberg, médecin dans une clinique de Dar-es-Salaam. Il procède à des analyses de composition de feuilles et de graines ainsi que des essais sur certains de ses patients : anémie post-opératoire, plaies, carences, etc. Selon lui, les effets sur ses malades atteints de ces affections sont spectaculaires : rémission, cicatrisation des plaies en deux jours, etc.

1.2.3       La ressource alimentaire

a) Les jeunes feuilles comme les jeunes tiges et les fleurs

Elles sont consommables telles quelles et consommées en Inde (Kerala, Tamil Nadu), jeunes et vertes pour les humains et en tant que fourrage dès lors qu'elles sont matures. L'intérêt nutritif est leur très forte concentration en protéines, vitamines et minéraux. Le goût rappelle les épinards.

Cependant, comme de nombreuses ressources alimentaires d'appoint en période de soudure, sa consommation est dévalorisée "Ceux qui n'avaient pas les moyens de prendre un vrai repas étaient traités de "mangeurs de feuilles. On les trouvait essentiellement au village dans certaines régions." (I. D. Abdoulaye, SYFIA Niger). Cette image se retrouve dans notre zone d'étude : les feuilles sont envisagées uniquement comme nourriture de temps difficiles, et inenvisageables  s'il faut recevoir des membres de la parenté (de même qu'en France les soupes de queues de radis, souvenirs de la guerre).

b) Les pousses vertes et les graines :

C'est un plat répandu en Inde comme chez les indiens de Tanzanie, sous le nom anglais de drumsticks, au goût d'asperges. Elles font l'objet de transformations et de conditionnement industriel et d'exportation en Inde et au Royaume-Uni et constituent actuellement la principale forme industrielle de valorisation des ressources de M. oleifera. Son usage en Afrique (Tanzanie, Malawi, Soudan, Niger, Sénégal) se réduit de même que les feuilles à une alimentation de soudure dévalorisée. Les graines issues des gousses matures sont consommées grillées, avec un bon goût de cacahuète.

c) Un arbre de complément fourrager en protéines

Les feuilles matures et non consommées par les humains ne sont pas perdues, en les donnant au bétail comme fourrage de complémentation azotée équivalent à la luzerne. L. Fuglie de CWS fait pousser au Sénégal M. oleifera  qu'il taille très court. Le jus des feuilles pressées est utilisé comme engrais foliaire pour des cultures maraîchères.

1.2.4     L'huile

La graine n'étant pas très dure, les presses d'extraction ne nécessitent pas de forte puissance. Des presses à bras sont suffisantes. Il n'est pas nécessaire de décortiquer les graines avant le pressage. Le taux d'extraction est de 22 %, taux équivalent à l'arachide, en pressage à sec. Il atteint 33% avec l'utilisation de solvants.

L'huile de M. oleifera  est d'excellente qualité (73% d'acide oléique). Elle est fortement utilisée comme huile de cuisson, en Inde et à Haïti. Pour autant, selon les méthodes d'extraction, cette huile en cuisson peut avoir un aspect et un goût qui déplaît. (C. Coote et al, ibid.)

Son excellente qualité a permis d'envisager une utilisation récente dans la parfumerie et la mécanique de luxe (montres), car elle ne fige ni ne change de viscosité et rancit plus lentement que toutes les huiles alimentaires actuelles. Cette application est développée en Floride.

1.2.5   Le traitement des eaux

Les graines ou le résidu de pressage à bras "traditionnel" sont tous deux employés dans un objectif de traitement des eaux dans des villages au Tamil Nadu (R. Jambulingam, E.C.M. Fernandes, 1986, D. Müller, D. Narbeburu, B. Collignon, 1997). Les graines laissées à décanter dans l'eau libèrent certaines protéines qu'elles contiennent. ces protéines font précipiter 75 % des bactéries coliformes contenues dans l'eau. Une solution de 75 mg/l de graines de M. oleifera, active pendant sept heures, atteint les mêmes résultats qu'une solution à 50mg/l avec le produit industriel beaucoup plus cher. La turbidité des eaux peut diminuer de 80% dans les deux cas. Ces protéines ont aussi, combinée à ce pouvoir de décantation/précipitation, une action antibiotique, car elle tue nombre des micro-organismes en les faisant précipiter. Le contenu en coliformes d'une rivière dans un site de test était de 1600-18.000 par 100 ml et après une heure de traitement descendu à 1-200 par 100 ml (Sutherland et al. 1994). Ces graines à maturité (issues de gousses brunes, lignifiées, à section triangulaire, déhiscentes) constituent la matière première de la pâte.

La pâte peut être considérée comme un tourteau. Elle est obtenue à partir d'un passage sous presse accompagnée d'eau pour lier le résidu. L'autre méthode est le pressage à sec. Cette deuxième méthode est la plus employée dans les villages du Tamil Nadu, car elle permet d'obtenir l'huile de premier pressage, équivalente au pressage à froid de l'olive, et le résidu non lié à l'eau et gardant ses protéines liées. Ces protéines responsables de la floculation restent liées à cette pâte plus qu'à l'huile. Elle remplace avantageusement les coagulants industriels tels que le sulfate d'aluminium.

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